INTERVIEW | Cécile & Émilie
Négociatrices en immobilier chez Mont-Blanc Immobilier pour l’une aux Houches, pour l’autre à Passy, Émilie David et Cécile Bouchard ont acquis au fil des années une incomparable expertise du marché local. Elles nous délivrent ici leur regard sur ses évolutions récentes et à venir, en nous rappelant quelques fondamentaux de la transaction…
Les chiffres globaux indiquent que le marché s’est montré plutôt résilient en plaine et en station. A-t-il été homogène ?
ÉMILIE DAVID: Nous avons constaté une reprise très territorialisée, qui diffère selon les secteurs. À Saint-Gervais et Combloux, l’Été a été calme et la reprise s’est effectuée en août-septembre; plus haut, à Chamonix et aux Houches, elle s’est activée dès le mois de juin. Même s’il n’y avait pas forcément de changement au niveau de la rentrée des mandats, il y a eu un regain d’intérêt du côté des acquéreurs — que ce soit des cash-buyers en résidence secondaire ou des personnes qui vendent pour acheter, surtout des résidences principales. Si en général nous avons moins de demandes en 2024, ceux qui sont actifs, sont des acquéreurs sérieux, qui finalisent leurs projets : ils ont une idée très précise du budget, savent exactement ce qu’ils cherchent.
CÉCILE BOUCHARD : Avec la montée des prix sur Chamonix, Les Houches ou Servoz, beaucoup de clients se déplacent à Passy. Il y a eu une augmentation puisque je vends des T3 entre 260 et 290 000 € contre 180-220 000 € avant Covid. Le profil de la clientèle évolue également. En effet, je commence à avoir de la résidence secondaire alors que je faisais exclusivement de la résidence principale.
L’attractivité du pays du Mont-Blanc, et sa qualité de vie, demeurent inchangées…
CB: Les acquéreurs ont compris qu’à Passy, on avait le soleil et une belle vue (sourire). J’ai l’exemple d’un couple de jeunes ayant vendu 350 000€ un appartement de 40m2 loi Carrez aux Houches; pour 360 000€ je leur ai ensuite vendu une maison avec un grand terrain à Passy. Autre exemple en haut du plateau d’Assy, nous avons commercialisé 29 lots dont 96 % de résidences principales avec là encore des jeunes : l’école va devoir rouvrir une classe! Je suis heureuse de pouvoir y contribuer.
Ces dernières années, la fluctuation des taux et la conjoncture ont modifié la dynamique du marché. Cependant, vous continuez à effectuer des transactions rapidement. Y a-t-il un “secret”?
ED: Les biens partent rapidement lorsqu’ils sont à un prix s’approchant du prix moyen du marché, je dirais en un mois de la mise en vente. La plupart des biens qui restent longtemps sur le marché sont vendus au prix auquel ils ont été estimés et non au prix auquel ils sont affichés. Le bon positionnement d’un bien est décisif: il faut que les propriétaires acceptent l’idée que les prix affichés sur Internet sont souvent des prix décidés par un autre propriétaire, mais ne correspondent pas au prix de vente définitif! Et que plus longtemps son bien restera sur le marché, plus grande sera la demande de négociation. Ce qui peut être compliqué quand le marché ne bouge pas, car peu de demandes, c’est de connaitre la raison: le prix, le contexte économique, politique. Dans ce cas, il faut savoir être patient.
CB: Sur mon secteur, je vends les biens entre une semaine et un mois. Je ne suis pas magicienne, j’explique aux vendeurs la réalité du marché. Souvent, je leur dis même: « Je n’ai aucun intérêt à vendre moins cher puisque je suis payée à la commission! » Ce n’est pas mon intérêt de brader; je ne suis pas là pour mettre des affiches en vitrine. Mon but est que les biens des clients soient vendus, au prix réel.
ED: C’est un argument auquel j’ai aussi parfois recours!
CB: Cela fait 15 ans que je fais ce métier, 10 ans que je suis à Passy — et que je ne fais que du Passy. Du coup, je n’ai pas de biens « usés ». Les clients comprennent qu’il faut venir travailler avec quelqu’un de spécialisé sur un secteur donné. Je dis toujours que l’immobilier, c’est une histoire de confiance.
ED: J’ajouterai, même si c’est dur à entendre, que c’est malgré tout l’acquéreur qui décide du prix de vente…
Si l’on devait faire un peu de prospective, comment voyez-vous les prochains temps ?
ED: Il y a toujours peu de biens à la vente en ce moment, malgré tout, le marché fonctionne, même par vague. Concernant les difficultés d’obtention de prêts dont on entend parler pour ma part je n’ai rencontré aucun refus dans les transactions effectuées au cours de l’année 2024. Nous sommes dans un secteur où l’intérêt demeure quel que soit les difficultés du moment. Je ne me fais pas beaucoup de soucis.
CB: Je pense qu’on n’aura pas de baisse de prix. Au-delà des prix, je reste persuadée que la dimension humaine est primordiale dans notre métier: on a un bon contact et c’est essentiel.
Propos recueillis par Vincent RAYMOND.

